La rivière Bayonne et son milieu

 

Le bassin de la Bayonne

 

La Bayonne se jette dans le Saint-Laurent à Berthierville, sur la rive gauche (nord) de ce fleuve. Berthierville est situé à environ 80 kilomètres de Montréal, 50 de Trois Rivières.

 

produit avec Microsoft Streets and Trips©

 

Le bassin est un des plus petits à avoir été reconnu officiellement par le gouvernement du Québec dans le cadre de sa politique des gestions des eaux par bassin versant.

 

Le bassin de la rivière Bayonne est identifié par « 2 » sur cette carte

de la rive nord du Saint-Laurent entre Montréal et le Saguenay.

 

La rivière Bayonne prend sa source sur le plateau laurentien; elle est le déversoir naturel du lac Berthier sis dans la municipalité de St-Jean de Matha. Cette partie du bouclier canadien est formée d’un socle de grès qui a été fortement raboté par la dernière glaciation et dont le système de drainage est très peu structuré. Les matériaux meubles sont en général très minces et supportent à peine une couverture forestière sauf dans certains fonds où ils ont pu s’accumuler. Les cours d’eau ont mis la roche à nu et rapides et cascades sont fréquents. Cependant la perte moyenne d’altitude est faible sauf au rebord même qui est souvent marqué par des canyons et des chutes parfois impressionnantes.  

 Le lac Berthier La Bayonne sur le socle rocheux

 

Elle s’engage dans les basses-terres du Saint-Laurent à la hauteur de Saint-Félix-de-Valois, avant de se jeter dans le lac Saint-Pierre en aval de Berthierville. Elle coule sur une distance d’environ 42 km et draine un bassin versant de 352 km2, dont plus de la moitié est à vocation agricole.

 

Transition entre bouclier et piedmont

Dans la plaine alluviale très proche du Saint-Laurent

      

                          

La carte suivante donne une idée du profil de la rivière. Ses plus hautes sources ne dépassent pas l’altitude de 200 mètres. Dans le centre de Saint-Félix-de-Valois, l’altitude tombe aux alentours de 100 mètres, atteint les 50 mètres dans le centre de Sainte-Élisabeth et la rivière perd moins de 40 mètres sur ses 20 derniers kilomètres. Les pentes moyennes que l’on calculerait sur ces tronçons ne révèleraient qu’une partie de la situation, car les pertes prononcées d’altitude se font surtout à l’occasion de chutes ou de rapides, les biefs entre ses endroits étant particulièrement plats.

 

Rapides au moulin Coutu (limite sud de St-Félix-de-Valois)

Les municipalités modernes impliquées en rouge (limites en lignes tiretées)   

 

 

Les problèmes de la Bayonne

 

La réputation de la Bayonne vers la fin du XXème siècle n'était pas très enviable; elle était considérée comme une des plus polluées du Québec et a été placée sous le microscope depuis le lancement de la politique du gouvernement du Québec concernant la gestion des eaux de surface par bassin versant. Mise en œuvre de certains mesures, sensibilisation et l'engagement de la population commencent déjà à porter fruit et certaines espèces de poisson réapparaissent timidement.

 

La pollution que tous les riverains vivent est de plusieurs sources. Il y a d'abord les particules du sol en suspension suite à l'érosion des berges qui est rendue plus critique par la déforestration le long des rives en particulier.

 

Les rives dénudées sont des proies faciles pour l'érosion

  

Les autres sources proviennent d'une part des déversements d'eaux usées non traitées par diverses communautés et surtout des déchets d'entreprises agricoles soit directement (vidange de cuves à purin, en particulier dans les élevages de porcs) ou indirectement (épangage de lisier pour fertiliser les cultures). Cette situation même si elle avait atteint un niveau critique est assez typique des rivières traversant des régions où une certaine agriculture intensive est pratiquée. Elle a pu être empirée par le régime hydraulique de la rivière qui n'a pas suivant de vitesse ou de débit pour évacuer correctement des eaux qui au plus fort de l'été ont tendance à devenir presque immobiles dans certains biefs.

 

Plusieurs caractéristiques contribuent à ce régime. D'abord la petitesse du bassin et l'absence quasi totale de réservoirs intermédiaires. Le seul réservoir d'importance du bassin est le lac Berthier où la rivière trouve sa source; mais ce lac n'est alimenté que par un tout petit bassin versant et il ne peut donc accumuler de réserves importantes. La rivière est donc sujette aux variations climatiques et aux phénomènes météorologiques. Dans l'absence de précipitaions soutenues, la rivière se vide en aval et stagne en amont. 

 

L'exploitation des moulins sur cette rivière et certains de ses affluents (branche Nord-Est, rivière Bonaventure) est donc soumise à un cycle saisonnier important et il est malheureux que le moment où la demande est la plus forte, l'été, est aussi celle des basses eaux. Dans le courant du XXème siècle, les exploitants avaient trouvé que les moteurs diesel étaient un bon moyen de faire marcher leurs installations de façon plus soutenue et certains des moulins artisanaux encore en activité n'utilisent plus du tout la force hydraulique. .

 

En était-il toujours ainsi? Certains riverains assurent qu'il y a moins d'eau dans la rivière et mettent le blâme sur la déforestation des berges. Je ne pense pas que cela soit une vraie raison car si l'on se fie au modèle accepté de la circulation des eaux dans un milieu donné, les précipitations soit se retrouvent directement ou presque dans le réseau de drainage (eaux de surface), soit vont recharger la nappe phréatique, soit retournent dans l'air par évaporation.. Cette nappe va à son tour alimenter le réseau des eaux de surface par le biais de sources. 

 

La proportion des eaux restant sur le sol ou pénétrant vers les nappes souterraines dépend des conditions du sol (porosité, gel en profondeur) et de la nature de sa couverture. En milieu urbanisé avec toutes ses surfaces construites ou recouvertes le ruissellement est plus important et plus rapide qu'en campagne. On peut aussi facilement imaginer que tout obstacle à l'écoulement rapide en surface accroît les chances de pénétration en profondeur. La déforestation des berges ne touche qu'une partie infime du territoire et un changement de leur couverture végétale ne pourrait causer qu'une diminution minime de la recharge de la nappe phréatique. Or comme la transition de forêt à champ résultant de la colonisation remonte à plus de cent ans dans la région nord du bassin, le régime hydraulique a dû depuis longtemps trouver un nouvel équilibre.

 

Je pense donc que la déforestation des berges est plutôt responsable de leur érosion, phénomène bien visible, que de la diminution du débit de la rivière; je pense qu'il vaudrait mieux regarder du côté des changements climatiques pour expliquer ce genre d'observation.

 

   

Le milieu "municipal"

 

Le bassin couvre en tout ou en partie en allant de l'embouchre vers les sources les territoires de la ville de Berthierville et des municipalités de Sainte-Geneviève-de Berthier, Sainte-Élisabeth, Saint-Norbert, Saint-Félix-de-Valois, Saint-Cléophas-de-Brandon et Saint-Jean-de-Matha. Ce découpage moderne occulte toute une série d'implantations isolées qui ont parfois laissé des traces dans la toponymie locale (voir L'origine de certains noms). 

 

Un sujet de surprise pratiquement garantie est le nom sous lequel les habitants de ces lieux sont connus, surtout quand il s'agit de noms composés. Voici les gentilés dans l'ordre des municipalités ci-dessus : Berthelais*, Berthelais, Bayollais**, Norbertois, Félicien***, Cléophassois****, Mathalois.

source: http://www.toponymie.gouv.qc.ca/lesgentilesliste.asp

 

*     Des variantes existent qui devraient permettrent de faire la différence avec le gentilé de Sainte-Geneviève, en particulier Berthiervillois.

**     Voici un nom qui n'a rien à voir avec celui de la municipalité. Il semblerait que les habitants du coin auraient prononcé ainsi le nom de la rivière "Bayolle" et que leurs voisins les aient appelés de même. Une petite blague?

***     Mais les habitants de Saint-Félicien (Lac Saint Jean) sont connus comme Félicinois.

****    Par contre les habitants de Saint-Cléophas (Matapédia) sont des Saint-Cléophassiens