Les colons "Basques"

 

 

Bien que l'origine basque des personnages dont je vais parler est plutôt douteuse dans certains cas (bien des patronymes sonnent plus gascons que basques), j'ai choisi ce vocable pour couvrir une région d'origine pas nécessaireament limitée à Bayonne.

Une bonne partie de l’information est tirée des « Biographies du Canada » disponibles en ligne aux Archives Nationales du Canada, en particulier http://www.biographi.ca/FR/ShowBio.asp?BioId=35601&query=lestage

 

 

La famille Lestage de Bayonne

Jean Lestage était commerçant à Bayonne où il vécut durant la deuxième moitié du XVII ème siècle. Son épouse Saubade (de) Noliboise lui donna au moins trois enfants dont nous connaissons l’existence par les traces qu’ils ont laissées au Québec. Jean et Pierre ont immigré au Québec tandis que l’on connaît une sœur surtout par un de ses fils Pierre-Noël Courthiau venu lui-aussi au Québec.

 

Jean (junior) est né à Bayonne en 1668 et a immigré au Québec et s'est installé à Québec. La première mention de son nom y est faite en 1690 et son occupation à l’arrivée était celle d’écrivain du Roi. Le 12 avril 1691, il épousa à l’église Notre-Dame de Québec Marie Anne Vermet Laforme, née le 2 juin 1670 probablement à Sainte-Famille dans l’Île d’Orléans comme ses frères et sœurs et dont les parents étaient Antoine Vermet d’Arras et Marie Barbe Ménard de La Rochelle, les deux décédés en l’Île d’Orléans. Marie Anne est morte le 5 mars 1732 après avoir eu 14 enfants et après son mari qui l’avait précédée le 14 septembre 1728 (mort à Québec, mais un « rapport secret » de 1708 mentionne qu’il aurait « abandonné le pays »).

 

Cette histoire est très typique de nombreuses familles de fondateurs de la colonie. La très nombreuse descendance des toutes premières générations a compensé pour le faible niveau d’immigration qui s’est complètement tarie dès la prise de Québec par les anglais. Bien différente est celle du frère qui est la personne qui nous intéresse le plus.

 

Pierre Lestage est aussi né à Bayonne, mais plus tard, le 2 février 1682. On rencontre son nom souvent transformé en L’Estage et même de Lestage ou de L’Estage, parfois accompagné d’un second nom (un surnom ?) celui de Dupeiroux ou Desperoux, La première mention de son nom au Québec remonte à l’année 1696 et son occupation à l’arrivée était donnée comme marchand. Ces dates semblent indiquer qu’il n’aurait eu que 14 ans alors que certains lui donnent 18 ans à l’arrivée et repoussent par exemple la date d’arrivée vers 1700. 18 ou 14, c’est quand même jeune pour être qualifié de marchand.

 

Nous n’avons aucune indication de la nature des relations entre les deux frères que certains disent avoir immigré ensemble. Est-ce que Pierre a suivi l’exemple de Jean, à quel point l’aîné aida le plus jeune, quels contacts ont-ils entretenus par la suite? Ce qui est sûr c'est que Jean s'établit à Québec et Pierre à Montréal. Bien des questions sans réponses immédiates.

 

D’autres questions se posent aussi sur l’existence d’une sœur dont j’ai trouvé une mention unique et non documentée dans une notice biographique. Marie de L’Estage née à Bayonne, a dû être l’épouse d’un Courthiau (un nom bien gascon que les descendants écrivent parfois Courthiaud) car un de leurs fils Pierre-Noël est signalé comme étant aussi de Bayonne. C’est ce fils qui devint l’associé de la veuve de Pierre dans le négoce montréalais et qui racheta la seigneurie de Berthier [1], sa mère Marie ayant aussi aidé dans les affaires (je n'ai vu mentionné aucune trace de son passage au Québec d'autre que cette mention). De plus, il avait un frère Jean-Baptiste [2] établi au Québec et dont l’existence est prouvée par un acte de concession de terre qui débute ainsi :

 

Concession par le sieur Courthiau à Pierre Pennelant le 2 mars 1759

Fut présent le Sieur Jean Baptiste Courthiaud, négociant de cette Ville au nom et comme fondé de procuration du Sieur Pierre Noël Courthiau, son frère, seigneur de Berthier. ...

(http://www.cyberbeach.net/~jrpellan/Pierre.htm)

 

 

Pierre Lestage, négociant

 

Dès son arrivée, il commence dans le commerce de la fourrure. En 1700 fut fondée la Compagnie de la Colonie dont les deux frères furent signataires; Pierre y fit la connaissance ou au moins y retrouva Antoine Pascaud arrivé de La Rochelle à Montréal dans les années 1680. La Compagnie qui voulait contrôler le commerce la fourrure fut mise en liquidation en 1706. C'est peu après et certainement avant 1710 qu'Antoine Pascaud serait retourné en France et que commença une fructueuse association entre lui et Lestage. Pascaud s'assurer de vendre les fourrures en France et fournissait à Lestage la marchandise utilisée comme monnaie d'échange pour acquérir les fourrures. Après la mort de Pascaud en 1717, Lestage devint l’associé de sa veuve Marguerite Bouat. « En tant qu'exportateurs de la métropole, les Pascaud et, par extension, leur associé montréalais occupent la position la plus avantageuse dans l'organisation du commerce colonial. À Montréal, Lestage se charge d'écouler les fourrures et les articles de traite. » (www.vieux.montreal.qc.ca)

 

Le voici lancé sur la voie du succès financier au moins. Il est devenu le créancier de nombreux marchands voyageurs qui ont accumulé entre 1718 et 1726 plus de 25 000 livres de dettes. J’ai trouvé une mention qu’entre le 9 mars 1709 et le 6 mai 1721 Pierre aurait été « engageur ouest » ce que je peux interpréter comme organisateur et financier au moins en partie de ces fameuses expéditions de « voyageurs » vers les territoires de l’Ouest.

 

« En plus de ses activités dans le commerce des fourrures, Lestage s'occupait du commerce général et d'autres affaires. Pendant les années 1710, à titre d'agent des trésoriers généraux de la Marine, il avait la responsabilité des finances à Montréal et devait payer les troupes de la garnison.... Par la suite il s'impliqua aussi dans le commerce des grains. À la suite de la création de la compagnie des Indes, Lestage fut nommé syndic par la communauté marchande de Montréal. Il était chargé de protéger leurs intérêts contre la création d'un monopole pour l'exportation du castor. » (www.vieux.montreal.qc.ca)

 

C’est ainsi qu’« en 1725, Pierre de Lestage se trouve à la tête de la communauté marchande à Montréal »  (www.vieux.montreal.qc.ca) et il habite une maison de pierre sur la rue Saint-Paul. Il est aussi devenu sieur de Berthier dès 1718 quand il acquit cette seigneurie qui est la clef de notre histoire et dont nous verrons plus loin les détails. À sa mort, il possédait deux masions de pierre et deux terrains à Montréal et deux petites fermes à l'extérieur.  Mais sa vie familiale n’est pas aussi florissante.

 

 

La famille de Pierre Lestage

 

Pierre épousa le 5 janvier 1712 en l’église Notre-Dame de Québec (ou serait-ce plutôt à Montréal qu’eut lieu le mariage?) Esther Marie Josephte Sayward (aussi Sayer ou Sayeres). Esther avait 18 ans et une vie déjà pleine d’aventures. Peut être née en Angleterre, peut-être sur le continent américain, Esther fut enlevée à l’âge de 7 ans (donc vers 1691) par des Abénaquis à York (ou Dover ?) dans ce qui est devenu l’état du Maine. Elle ne fut pas la seule à être ainsi prise; sa mère et une plus jeune sœur Mary le furent en même temps. Les ravisseurs amérindiens (il y aurait eu aussi une participation de français) les amenèrent à Montréal dans l’espoir d’en tirer une rançon.

 

Les trois victimes furent alors recueillies par Marguerite Bourgeoys, la fondatrice de la congrégation de Notre-Dame. En 1693, les trois femmes auraient été baptisées dans l’église catholique. Un doute subsiste car si l’on accepte le dire que la mère serait rentrée chez elle suite au paiement d’une rançon; le délai entre l’enlèvement et le paiement semble très long. Mais peut-être en était-il ainsi alors. Ce dont nous sommes plus sûrs c’est que les deux filles sont restées à Montréal, Esther devenant l’épouse de Pierre Lestage et Mary une religieuse dans un couvent. Quel a été le rôle de l’église dans une telle séparation familiale alors que les enfants au moins sont de récents convertis?

 

On ne peut imaginer ce que fut ce mariage mais on ne peut ignorer une trace de tristesse. Pierre et Esther eurent deux filles et les deux moururent en bas âge. Certains attachent à ce couple un Pierre (junior) mais qui serait né en France en 1715 (Il n’y a aucune indication qu’Esther ait jamais mis les pieds en France); en fait, il s’agirait d’un homonyme arrivé indépendamment et qui s’est installé à Laprairie . De plus lors de la succession de Pierre aucune descendance mâle directe n’est mentionnée dans les actes

 

Pierre Lestage mourut le 21 décembre 1743 à Montréal. Sa femme Esther prit la relève en s’associant vers 1746 avec son neveu Pierre-Noël Courthiau jusqu’en 1750, date de la dissolution de la compagnie.  Elle mourut en 1770 à l’âge de 86 ans alors qu’elle était pensionnaire chez les Dames de la Congrégation de Notre-Dame

 

On rapporte que Courthiau serait retourné à Bayonne en France après la conquête (1759) mais je ne sais pas exactement combien de temps après. L' acte de concession du 2 mars 1759 mentionné plus haut montre que Pierre Noël n'était pas présnt à la signature. La cession de la seigneurie (1765) aurait peut-être été son dernier acte officiel au Québec.

 

 

Pierre de Lestage, seigneur de Berthier.

 

Le système seigneurial aux débuts de la colonie

 

La seigneurie a été l’instrument privilégié par les autorités pour la colonisation du Québec; c’est un système de tenure qui règle la façon de détenir les terres et de les concéder pour encourager le peuplement du pays. Le principe était simple; on donnait à une personne une terre qui avait une forme rectangulaire dont le plus petit côté était basé sur un cours d’eau, principale voie de communication. Ces terres avaient des étendues variées, couvrant parfois plus de 100 kilomètres carrés. Le seigneur se réservait en général un lot tout en longueur au centre du territoire. Il concédait ensuite des terres aux hommes voulant bien les défricher au début, les exploiter par la suite. On les appelait des censitaires car ils devaient payer un certain loyer en argent (le cens), en nature et en corvée.

 

Les obligations n’étaient pas à sens unique, le seigneur avait ses responsabilités. Tout d’abord il avait l’obligation de tenir « feu et lieu » c’est-à-dire d’être présent, Il ne faut pas oublier que l’autorité royale voyait dans les seigneurs des officiers de colonisation et que leur présence sur les lieux aurait dû être une garantie de leur implication soutenue dans le développement de leurs terres et donc de la colonie. Les effets de l’absentéisme des « propriétaires » étaient trop connus dans la métropole pour être tolérés dans la colonie. Mais Pierre n'habita jamais sur sa seigneurie à proprement parler; il est vrai que Montréal où il continuait ses affaires n'etait très loin.

 

Mais la présence du seigneur n’était qu’une des obligations. Il devait protéger ses censitaires et leur donner accès à un moulin. Le moulin seigneurial jouait un rôle important car la mouture du grain était une clef de voûte dans la production du pain dont on faisait grande consommation. Il était aussi une source de mécontentement car les censitaires n’avaient le choix que d’utiliser ce moulin pour moudre leur grain, et un tel monopole associé au mode d’occupation des terres (pas mieux qu’une location) pesait parfois lourd sur le censitaire.

 

Les ressources humaines sont très limitées, le travail sur la terre éreintant et de faible rapport, l’attraction des bois, de la trappe et des « voyages » très forte. Tout ceci explique que cette forme de colonisation n’est pas particulièrement florissante. Au milieu du XVIIe siècle, il y avait moins de 3000 personnes réparties sur les 53 seigneuries de l’époque. Comme les censitaires étaient libres de se déplacer une fois leurs obligations contractuelles remplies (le colon peut revendre sa terre, avec la permission de son seigneur, pour le prix du travail qu'il y a accompli et des bâtiments qu'il y a construits), la concurrence jouait à plein pour les attirer vers d’autres lieux.

 

Ainsi certains seigneurs moins entreprenants ou moins chanceux se trouvaient à ne plus pouvoir remplir leurs obligations et à devoir céder leur titre. Car une fois la seigneurie concédée à quelqu’un, celui-ci pouvait la transférer par vente ou par héritage tout comme une propriété normale. Il y même eu le cas d’une obtenue par mariage (Barthélémy Joliette). C’est par un acte de vente que Pierre Lestage devint seigneur de Villemur.

 

La seigneurie de Berthier

 

En 1672, Alexandre Berthier [4], capitaine au régiment de Carignan, épouse Marie Legardeur de Tilly et 18 jours après (15 novembre 1672), il reçoit de l’intendant Talon une partie de la seigneurie de Bellechasse (qu'il nomme tout d'abord Berthier [5] et qui redeviendra Bellechasse) « en récompense des services rendus au cours des guerres contre les Iroquois ». Cette seigneurie avait d’abord été concédée le 28 mars 1637 à Nicolas Marsolet de Saint-Aignan par la Compagnie des Cent Associés; elle aurait eu une étendue de ¼ de lieue par 1 ½ lieue. Il s’en désiste à l’occasion de cette reconcession; son étendue aurait été alors portée à 2 x 2 lieues. 

 

Bien plus en aval, une seigneurie avait été tout d’abord concédée à Hugues Randin [3] enseigne de la compagnie de Saurel en 1672, celle de Villemur. L’année suivante Alexandre Berthier la lui rachète et s’y établit donc en 1673; il veut aussi nommer cette seigneurie Berthier, ce qu'il fera après avoir redonné le nom de Bellechasse à la première. Pour éviter toute confusion, le centre de cette seigneurie prendra le nom de Berthier-en-haut (= en amont de Québec)

 

Louis de Buade, comte de Frontenac, gouverneur de la Nouvelle-France, accordera au capitaine Berthier le 27 août 1674 un premier agrandissement de sa seigneurie de Villemur, sis entre le fief Chicot et le fief D'Orvilliers, de deux lieux en front sur le fleuve, par deux lieux dans la profondeur des terres plus l’Île-aux-Castors. Puis le 15 mars 1677 il recevra une autre île. 

 

Extrait de "A New map of the Province of Lower Canada describing all the seigneuries, townships, grants of land, &c... 

/ by Samuel Holland.  London : Willm. Faden, 1813" Cote: G 3450 1813 H65 CAR

On peut voir la seigneurie originale aboutant au fleuve et l'extension considérable comparée à l'original.

La ligne colorée sépare le gouvernement de Montréal (côté vert) de celui de Trois-Rivières (côté rouge)

 

Alexandre de Berthier de Bellechasse et de Villemur, comme il était alors connu, s’est trouvé sans descendant [6] quand son seul fils Alexandre est mort le 11 janvier 1703 trois mois à peine après son mariage. Le 13 juillet 1703, il lègue les deux seigneuries à sa belle fille Marie-Françoise Vianney Pachot qui en devient donc le troisième seigneur. Berthier-en-haut qui comptait 30 habitants en 1681, en avait 128 en 1706.

La seigneurie de Villemur fut achetée le 25 avril 1718 « par un riche marchand de Montréal, Pierre de L’Estage » des mains de Nicolas Blaise des Bergères de Rigauville [7] qui avait épousé Marie-Françoise le 4 avril 1712.

 

La chapelle des Cuthbert

 

Pierre semble avoir pris son rôle de seigneur très au sérieux et a grandement contribué au développement de Berthier. Il fit construire la première église de la seigneurie à 150 pieds environ du fleuve, puis un moulin à farine. Son implication dans son entreprise lui valu une certaine reconnaissance. Par un acte du 23 décembre 1732, le gouverneur Beauharnois et l’intendant Hocquet attribuèrent à « Pierre de Lestage, époux de Marie José Sayer (auparavant Esther Sawyard, la fillette de 8 ans de York captive des indiens) » une adition substantielle à sa seigneurie pour avoir construit vers 1723 la première église catholique à Berthier et « parce ce qu’il le méritait »

 

Pierre continuait son œuvre. Il construisit un moulin "banal" et plusieurs moulins à scie; le pin et chêne poussent en abondance sur le domaine. Il sait aussi attirer les jeunes colons à la recherche d’une terre, surtout ceux provenant des vieilles seigneuries du gouvernement des Trois Rivières, des paroisses de Champlain, de Batiscan ou de Yamachiche plus proches.

 

À la mort de Pierre Lestage, la seigneurie revint à son neveu Pierre-Noël Courthiau; héritage ou rachat, ce n’est pas clair, rachat probablement. Il la conserva jusqu’au 7 mars 1765 date à laquelle il la céda à James Cuthbert [8]. Probablement juste avant, il avait donné cette année-là, le seigneur Courthiaud avait donné "aux habitants de la rivière Chicot une partie du territoire de la paroisse de Sainte-Geneviève-de-Berthier afin qu'ils puissent y bâtir une église et un presbytère. Ce terrain d'un arpent et demi sur six constitue une partie de la propriété actuelle de la fabrique. En 1766, en effet, le nouveau seigneur de Berthier, James Cuthbert, ajoute 34 arpents à la donation précédente à condition que la nouvelle paroisse soit placée sous le patronage de Saint-Cuthbert." http://www.megacom.net/~biordi/arrondissement/

 

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Autre lignée de colons « Basques » : les Casaubon

 

Alors que je parcourais la transcription de l’ « aveu » du 9 août 1723, document devant notaire de la déclaration de l’état de la seigneurie, le nom d’un censitaire attira mon attention. Je  fis quelque recherche et très vite je compris que cette personne avait sa place dans cette recherche.

 

Martin Casaubon était le fils de Jean né aux environs de 1641 et de Françoise Maisonneuve de 3 ans environ plus jeune, les deux de Saint-Jean-de-Luz où ils se sont mariés vers 1660. Un ancêtre, Michel Salaberry, était de Saint-Vincent de Ciboure. Martin fut baptisé le 14 juin 1665 à Saint-Jean-Baptiste (église de ?) de Saint-Jean-de-Luz.  Il arriva au Québec en 1689 comme sergent dans les troupes de la Marine (compagnies de Ramezay puis de Dumesnil). Il épousa le 14 février 1689 à Champlain Françoise Lepellé dite Desmarais baptisée le 21 octobre 1667 à l’église Immaculée Conception de Trois-Rivières.

 

Ils se sont installés dans la seigneurie de Berthier probablement  entre 1705 (une de leurs filles Geneviève est née à l’Île-Dupas tout à côté) et 1709 car le 17 novembre de cette année il agissait comme procureur fiscal de la seigneurie de Berthier (au nom de la fille de Berthier qui étatit mort alors). Mais déjà en 1706, le marquis de Vaudreuil le nomme commandant de la milice des habitants de la seigneurie de Berthier. Son nom apparaît en effet avec cette qualification dans un contrat de concession de terre passé devant le notaire Daniel Normandin. Pour le remercier de ses services, la seigneuresse de Berthier lui concède le 20 juin 1710 une terre en bordure du chenal du nord de13 arpents, 6 chaînes et plus ou moins 6 pieds de front. 

 

En 1711, il est présent au baptême de Marie Geneviève Beaugrand à Sorel avec la « qualité de Sergent de la Marine ». Comme le première église de Berthier-en-haut ne fut construite qu'en 1722-24, les fidèles devaient aller à l'église à Sorel (sur l'autre rive du Saint-Laurent) ou à l'île Dupas plus accessible.

 

Dans l’aveu de 1723, il y est mentionné dans le contexte suivant :

Que dans la censive du dit fief a commencer au nord est joignant la ligne qui le sépare d’avec celuy du Chicot sont les habitants qui suivent, scavoir :

Martin Casaubon qui possède trois arpens de front sur quarante de profondeur sont les cens et rentes qui font partye de ceux qu’il paye au Sieur comparant pour raison de la dite terre que pour les autres concessions qu’il possède dans le dit fief qui seront cy après expliqués cy ayant en la concession par un même contrat et sur laquelle habitation ily a trois arpents de prairie, le surplus en bois debout

 

De capitaine de la Milice , il devint en 1726 major. Il est mort à Ste-Geneviève-de-Berthier après avoir eu au moins six enfants.

 

Il n’y a aucun doute que Pierre Lestage et Martin Casaubon se sont connus alors que Pierre était le seigneur (depuis 1718) et Martin son censitaire. Ils avaient pratiquement le même âge ce qui a pu faciliter le contact.  Est-ce que leur origine de la même région a joué? Quelle fut la nature de ces relations? Nous n’avons pas ce genre d’information sous la main pour le moment.

 




[1] Un « Courthiau, seigneur de Berthier » fut le parrain de Jean-Baptiste Jaquete baptisé le 18 janvier 1765 à l’église de la visitation de lÎle-Dupas  

 

[2] Un Jean-Baptiste Courthiau et James Cuthbert ont aidé l’abbé Kerbério à fonder la paroisse de Saint-Cuthbert sur la rivière Chicot dont le site de l’église fut marqué d’une croix le 21 avril 1765. Cuthbert devait déjà alors être seigneur de Berthier.  

 

[3] ” L'ingénieur français Hugues Randin (1628 - vers 1680) est au service du gouverneur Frontenac (voir aussi De Buade). Il est connu comme soldat, cartographe et architecte du fort Cataracoui (fort Frontenac). Il dirige le recensement acadien de 1671. En 1673, Randin accompagne Frontenac dans sa mission commerciale et pacifique auprès des Iroquois, à l'embouchure de la rivière Cataracoui. Il dresse les plans du fort du même nom et en dirige la construction. Trois ans plus tard, Randin est délégué au Sault-Sainte-Marie comme ambassadeur de paix pour faciliter la traite des fourrures avec les Sioux, une mission fructueuse qui vaut à l'ingénieur la concession d'une seigneurie en Acadie. Une carte manuscrite en couleurs généralement attribuée à Randin montre toute l'étendue de l'empire français en Amérique du Nord et témoigne du talent de dessinateur de son auteur. » http://www.ville.quebec.qc.ca/fr/ma_ville/toponymie/rues/hugues_randin.shtml

Ajout en italiques http://www.geocities.com/jljmt/rec1671.htm  

 

[4] Isaac Berthier, né à Bergerac aux alentours de 1638, débarqua à Québec à la tête de sa propre compagnie en provenance des Antilles le 30 juin 1665. Ce huguenot d’origine se convertit au catholicisme quelque mois après son arrivée et changea son prénom en Alexandre probablement à cette occasion. Il retourne en France avec les soldats du régiment de Carignan mais en revient en 1670. Il mourut en décembre 1708 à Berthier-en-bas.    

 

[5] Berthier-en-Bas (= en aval de Québec) connu maintenant comme Berthier-sur-Mer est situé sur la rive sud du Saint-Laurent vis-à-vis la pointe orientale de l'île d'Orléans; le nom de Bellechasse de la seigneurie est resté celui de la région..

 

[6] Il avait eu deux autres enfants, une fille morte en bas âge et une autre devenue religieuse à l’Hôtel-Dieu de Québec. Le sieur Berthier nomma la partie de la seigneurie la plus éloignée du fleuve Sainte-Geneviève-de-Berthier en souvenir de sa fille morte.    

 

[7] Né à Estampes en 1679, cet officier a été commandant du fort Niagara de 1730 à 1736. Il est mort en 1739 dans la seigneurie de Berthier-en-bas (Bellechasse) 

 

[8] James Cuthbert né en 1719 s’était marié en Écosse (1741) avec Catherine Cairns. Ils ont eu au moins trois fils, James (1769-1849) qui hérita de la seigneurie de Berthier, Ross (1776-1861) qui hérita lui des seigneuries de Lanoraie, Makisnongé et d’Autray, et Alexander (aucune donnée). Les deux premiers ont fait souche dans la région.

Aide de camp de Wolfe lors de la bataille des plaines d’Abraham (1750), « membre de l'état-major du général James Murray jusqu'en 1763 et membre du Conseil législatif, James Cuthbert est parmi les premiers soldats britanniques à s'établir au Canada. Premier seigneur anglophone de la seigneurie de Berthier, il fait ériger une chapelle funéraire sur ses terres à la mort de son épouse en 1785. À cette époque, aucun lieu de culte presbytérien n'existe au Canada, ce qui fait donc de cette chapelle le premier temple protestant au pays. » (http://collections.ic.gc.ca/rallye/22.htm:) La seigneurie de Berthier ne fut pas la seule qu’il a acquis de son vivant comme le montre l’héritage qu’il a laissé.