Moulins sur la Bayonne

Mes premiers contacts m'amenèrent à essayer de mettre les nouvelles informations dans le contexte du moment. Ainsi, Lestage était présenté comme un constructeur de moulins. Je ne voyais pas comment un Bayonnais aurait acquis une telle expérience même si Bayonne était une ville de moulins (à marées, il faut bien le dire). Ce n'est que plus tard que je me suis rendu comte que ce n'est pas lui qui a construit, mais qu'il a fait construire d'une part pour répondre à ce que l'on attendait d'un seigneur (le moulin à grains indispensable aux colons) mais aussi dans la perspective de l'entrepreneur économique qu'il était (les moulins à scie en particulier).

Je n'ai pas pu documenter les emplacements et les fonctions des moulins que Lestage aurait fait construire. Il y a certaienement eu des installations plus ou mons provisoires qui ont très bien pu disparaître au fil des ans et au fil de l'eau. Il n'y en a qu'un seul qui lui soit attribué dans "La rivière Bayonne et ses moulins" un livret édité par "les Amants de la Bayonne" en 1999. Il s'agit du moulin de la pointe Esther (#1 sur la carte).

Construit en 1721 par Ratel et Beaugrand-Champagne charpentiers de Berthier pour le compte du sieur de Lestage, ce moulin était conçu comme pour scier du bois. Ce n'est donc pas le moulin seigneurial à "farine" dont on est sûr qu'il existait.

Carte originale de "La rivière Bayonne et ses moulins" avec l'ajout d'une thématique par date de construction et des fonctions originales

 

J'ai essayé de retirer du livret sur les moulins deux types d'information: la date de construction et les fonctions que le moulin avait initialement. Certaines dates sont approximatives, quand par exemple on dit qu'un moulin était en opération à un certain moment; il est donc probablement que certaines dates réelles sont plus tardives. Quant aux fonctions initiales (scierie, moulin à grains, moulin à carder ou à fouler), elles sont encore moins sûres et sont souvent manquantes.

 

Que peut-on tirer de cette synthèse? D'abord, les moulins les plus anciens (en rouge, avant 1830) sont les plus au sud et une forte proportion des plus récents (en bleu, après 1860) se trouve vers le nord. Quelques précisions sur cetaines dates rendraient l'image encore plus parlante peut-être. Mais il semblerait manquer les moulins les plus anciens; certains de leurs emplacements ont peut-être été réoccupés par des constructions plus récentes; l'existence de certains n'est probablement plus documentable.

 

En ce qui concerne les fonctions initiales, comme celles d'un certain nombre n'ont pas été identifiées, le tableau est moins dense. On peut toujours remarquer qu'il n'y aurait pas eu de moulins à grains dans les vallées de tributaires (rivière Bonaventure, bras Nord-Est) ce qui correspond à une région relativement moins peuplée que la vallée principale.

 

Sans vouloir démarrer une étude technique de ces moulins, je n'ai pas pu m'empècher de m'émerveiller devant une caractéristique du moulin Coutu. Je n'avais jamais vu ni entendu parlé d'un tel équipement technique. Sur une photo dans "les Moulins de la Bayonne", il est appelé un "tunnel"; c'est pratiquement dans mes termes une "conduite forcée" mais celle-ci est faite en bois selon une technique de tonnelage: les "douves" sont maintenues par des frettes métalliques.

        

                                                                               

   

 Photo prise en 1994  "La Bayonne et ses moulins"

Diamètre impressionnant pour unr hauteur de chute 

de l'ordre de 3-4 mètres

 Image tirée du video "En remontant la Bayonne"

Entrée du conduit et raccordement à la boîte

alimentant la turbine situé en contrebas à gauche

Construite par le propriétaire du moulin dans les années 1940, ce conduit n'était pas fait pour durer. Comme toute construction en bois destinée à contenir l'eau (à l'intérieur comme une barrique ou à l'extérieur comme un bateau), elle est soumise à deux problèmes majeurs: l'étanchéité et la dégradation physique (pourriture, insectes). L'étanchéité est grandement dépendante de la sécheresse du bois; quand le bois sèche, il a tendance à rétrécir. Comme dans cette situation particulière, le conduit devait être vidé chaque hiver pour ne pas risquer de le voir exploser sous la pression de la glace, le bois avait le temps de sécher et les fuites du printemps devaient être abondantes; heureusement que c'était aussi la période d'abondance des eaux et que ces pertes ne devaient pas être trop ressenties.

Toujours est-il qu'il est remarquable qu'une telle installation ait tenu le coup aussi longtemps, tant que son propriétaire a pu le maintenir en état de fonctionner et que le diesel prenne la relève. Il n'en reste pas moins que cette installation devrait faire partie du patrimoine "industriel" du Québec.